Jeunes Champions: vers une résilience climatique au Niger
Face à l’urgence climatique et ses répercussions directes sur la santé des populations, le projet « Jeunes Champions pour la Résilience Climatique » transforme de jeunes nigériens en véritables leaders de l’économie verte. Entre apiculture, aquaponie et plaidoyer communautaire, immersion dans une initiative où l’innovation locale répond aux défis globaux.
Depuis 2023, le Niger, à l’instar du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, est le théâtre d’une mutation profonde portée par Pathfinder International. Le projet « Jeunes Champions pour la Résilience Climatique et la Santé des Adolescents et des Jeunes » ne se contente pas de théoriser le changement ; il le finance et l’incarne à travers des solutions endogènes.
Un maillage communautaire pour des solutions locales
L’initiative repose sur un constat simple : les jeunes sont les premiers impactés, mais aussi les plus aptes à innover. Au Niger, le projet mobilise déjà 26 jeunes champions, épaulés par plus de 400 jeunes relais et 2 000 membres de clubs répartis dans les 1er, 3e et 5e arrondissements de Niamey.
« L’objectif principal est de renforcer les capacités de ces jeunes champions pour qu’ils puissent devenir des leaders en tout ce qui concerne la question de changement climatique, de santé et de genre », explique MahamadouHassanAbdoul Fatah, Responsable Jeunes chez Pathfinder International Niger.
Ce leadership s’est traduit, lors de la première phase, par la concrétisation de huit projets allant du reboisement à la création de jardins communautaires. Aujourd’hui, une deuxième phase s’ouvre avec seize nouvelles solutions retenues pour un accompagnement technique et financier.
Le lien entre climat et santé
L’originalité du projet réside dans sa capacité à rendre visible un lien souvent ignoré : l’impact direct de la dégradation du climat sur la santé publique et la sécurité des populations vulnérables.
Mahamadou Hassan Abdoul Fatah livre une analyse sans équivoque de cette corrélation au Niger :
« On a constaté qu’il n’y a pas tellement de projets qui arrivent à faire le lien entre le climat et la santé, alors que ce lien existe. Quand je prends l’exemple de la chaleur ou des inondations, ce sont des choses liées au climat. Mais au moment des inondations, les gens se réfugient dans des écoles et l’on constate alors beaucoup de maladies transmissibles et de cas de violences basées sur le genre (VBG) ».
Cette vulnérabilité s’étend également aux périodes de sécheresse qui, selon lui, provoquent un exode rural forcé et des carences nutritionnelles graves, poussant les populations à adopter des pratiques néfastes pour leur santé par pure nécessité de survie.
Le pari de l’autonomie technique
Au-delà du plaidoyer, le projet mise sur des compétences techniques concrètes. Une formation intensive en économie verte a permis aux champions de s’initier à l’aquaponie, à l’apiculture et à la production de charbon biologique.
L’aquaponie : l’agriculture du futur en milieu urbain
L’aquaponie, alliance de la pisciculture et de la culture hors-sol s’impose comme une solution d’avenir pour les zones urbaines denses.
Les jeunes champions visite un système d’aquaponie/ Crédit photo : Faride Boureima
« C’est un mélange entre la pisciculture et la culture hors-sol. On utilise les rejets des poissons, riches en ammoniaque et nitrites, pour en faire un atout pour les plantes », détaille Bello Siddo, promoteur de l’entreprise SOPTRA et formateur.
Il ajoute : « Dans un bac de 4 m3, on peut produire jusqu’à 200 kg de poisson en cinq mois. On réduit le temps de production car les conditions sont optimales. C’est une activité qui garantit une autonomie alimentaire et financière au niveau de chaque foyer ».
Bello Siddo, promoteur de l’entreprise SOPTRA / Crédit photo; Faride Boureima
Mohamed Ali Bintou, jeune champion de la commune 5, partage son enthousiasme : « C’est une thématique complexe mais passionnante. Se lancer dans l’aquaponie est une belle idée pour réduire l’impact du changement climatique, quels que soient les défis ».
Charbon écologique et production de plants : restaurer l’écosystème
Le volet énergétique et forestier occupe une place centrale dans la formation.
Le charbon écologique (Bio-charbon) : Produit à partir de biomasse et de déchets organiques recyclés, il offre une alternative au bois de chauffe. « On n’a pas besoin de beaucoup d’argent pour se lancer », explique la championne Mariama Mahamadou Chitou. Cette technique permet de réduire la pression sur les forêts tout en limitant les fumées toxiques en cuisine, protégeant ainsi la santé respiratoire des femmes.
La production de plants : Les champions apprennent les techniques de pépinière pour soutenir les efforts de reboisement. Ce volet est crucial pour la création des « écoles vertes » et des jardins communautaires, visant à créer des micro-climats plus frais dans les quartiers de Niamey
L’apiculture : entre biodiversité et santé
L’apiculture représente, pour les champions, un levier d’autonomisation majeur couplé à des vertus thérapeutiques reconnues localement.
Le Commandant Abass Maifada, de la Direction Régionale de l’Environnement de Niamey explique le fonctionnement des différents types de ruches aux jeunes champion / Crédit Photo : Faride Boureima
« J‘ai choisi l’apiculture car elle est compatible avec le jardinage. Elle permet de renforcer la biodiversité tout en produisant du miel pour la consommation et la commercialisation », confie Maimouna Daouda Tafa, Jeune Championne du 3e arrondissement.
Elle souligne également l’aspect social : « Mon ambition est d’autonomiser les jeunes filles et les femmes vulnérables de ma communauté pour qu’elles puissent faire face aux effets néfastes du changement climatique ».
Le Commandant Abass Maifada, Chef de la division gestion durable des terres et des produits forestiers non ligneux à la Direction Régionale de l’Environnement de Niamey, confirme le potentiel de la filière : « Avec le modèle kenyan, on peut obtenir jusqu’à 50 litres de miel par an. À 6 000 ou 7 000 FCFA le litre, le calcul est vite fait pour l’indépendance financière d’un jeune. Et au-delà du miel, il y a la cire et la gelée royale, qui se vend très cher ».
Pour lui, la formation ne s’arrête pas à la théorie : elle doit déboucher sur une maîtrise totale du cycle de production.
Le Commandant Abass Maifada, de la Direction Régionale de l’Environnement de Niamey explique le fonctionnement des différents types de ruches aux jeunes champion / Crédit Photo : Faride Boureima
« Nous apprenons à ces jeunes comment trouver des solutions endogènes, ce que nous appelons les climato-solutions », explique le Commandant Abass Maifada.
Il précise le contenu technique de son intervention : « En apiculture, par exemple, nous leur montrons comment confectionne les ruches traditionnelles à partir de matériaux locaux comme la paille, avant de passer graduellement vers des ruches modernes, beaucoup plus rentables et faciles à manipuler. Pour la production de plants et de charbon écologique, l’objectif est le même : transformer les ressources disponibles en opportunités économiques réelles ».
Briser le lien entre climat et risques sanitaires
L’originalité du projet réside dans son approche intégrée : le climat n’est jamais déconnecté de la santé reproductive. Les catastrophes climatiques exacerbent la vulnérabilité des populations, notamment celle des femmes.
Le Commandant Abass Maï-Fada rappelle les vertus de l’apithérapie : « Le miel a des vertus thérapeutiques, notamment pour les douleurs menstruelles ou les problèmes de toux chez les bébés. C’est à la fois un aliment et un médicament. La propolis, par exemple, est un antibiotique naturel puissant pour les plaies qui ne guérissent pas ».
Une dynamique qui s’étend
Initialement déployé à Niamey, le projet a vocation à essaimer. Mahamadou Hassan Abdoul Fatah lance un appel : « C‘est une phase pilote qui a donné des résultats concrets sur le terrain. Nous espérons que des partenaires techniques et financiers nous accompagneront pour mettre à l’échelle cette belle initiative dans les autres régions du Niger ».
Un jeune champion / Crédit photo : Faride Boureima
Au-delà des chiffres et des indicateurs techniques, c’est une nouvelle figure du citoyen nigérien qui se dessine : un jeune leader, à la fois sentinelle de l’environnement et protecteur de la santé communautaire. En maîtrisant des techniques comme l’aquaponie ou l’apiculture, ces champions ne se contentent pas de subir le changement climatique ; ils le devancent. Une résilience qui, portée par la campagne #MonClimatMaSanté, promet de faire germer des solutions durables bien au-delà de la saison des pluies.
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